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Les determinants du travail therapeutique

Pour beaucoup de nos résidents, le travail a commencé dans un suivi ambulatoire les préparant psychologiquement à rompre avec leur pratique d’addiction pour changer rapidement les comportements qui s’y rattachent.

Le modèle s’appuie sur la vie de groupe particulièrement restructurante pour une personne arrivée en fin de parcours, isolée, désocialisée, en perte de sens. Après un sevrage qui peut durer 1 à 3 semaines en milieu hospitalier selon l’addiction, la majorité de nos résidents reconnaissent les bienfaits de la thérapie intensive et du groupe particulièrement contenant au niveau émotionnel, dans le traitement pratiqué en centre de soins sur 8 à 10 semaines.

A la sortie du centre de soins, après avoir réappris à vivre sans produit, quittant ce groupe très contenant, vient ce moment particulièrement anxiogène pour le patient. Généralement, il ne veut plus retourner dans le contexte géographique qu’il connaissait avant. Par conséquent, nous avons une majorité de résidents venant des autres départements.

Pour la majorité, ils anticipent et demandent un accompagnement thérapeutique s’inscrivant dans la continuité en particulier auprès d’EDVO qui répond à ce besoin sur 6 mois sur le même modèle thérapeutique, en fonction de sa capacité d’accueil.

L’expérience du changement est une étape particulièrement sensible et le risque de rechute est aigu. Elle se fait par étapes avec un accompagnement par des professionnels au sein de la structure.

Le passage du groupe à l’individu, de l’identification des problèmes (la dépendance) à la singularité de vie doit être accompagné dans une structure thérapeutique et socio éducative.

La reconstruction personnelle passe par l’acceptation des autres et des règles régissant toute communication.

L’expérience collective et la vie communautaire imposent des règles de vie : Véritable école de communication et de réinsertion.

Pour le résident, le fait d’accepter des règles de vie communautaire activera son sens des responsabilités et lui permettra de devenir acteur (ce qui est particulièrement gratifiant).

La possibilité du changement est reconnue à la personne dépendante

Trop souvent, la personne dépendante se ressent comme incapable, dominée par des pulsions incontrôlables, enfermée dans une situation indicible, jugée négativement et définitivement par les autres.

Le groupe et l’environnement professionnel vont renvoyer une autre image de la dépendance, et permettre l’espérance. La motivation vient souvent en cours de route, des éléments déclencheurs sont à investir par chacun dans les activités hebdomadaires proposées : sport, atelier informatique, atelier théâtre, atelier terre cuite, atelier caritatif (Banque Alimentaire/ Epicerie sociale), ….

L’abstinence comme condition

Dans le modèle Minnesota la dépendance est considérée comme une maladie incurable et progressive. Par conséquent, le maintien dans l’abstinence est au cœur du processus thérapeutique.

Les facteurs de rechute sont clairement identifiés et servent de tuteurs au maintien de l’abstinence. La prévention de la rechute est un principe actif de la thérapie et s’appuie sur la valorisation de l’abstinence.

Dans le modèle, l’abstinence est une condition incontournable pour en sortir et « rebondir », mais elle n’est pas le but du rétablissement. Elle constitue un préalable et non une fin en soi.

La démarche thérapeutique vise à transformer l’échec en expérience, au bénéfice d’une réhabilitation sociale et affective. L’abstinence est vécue comme un « plus » et non comme facteur de frustration. Elle est consentie et non subie.

Le maintien dans l’abstinence est lié à la motivation et l’implication du patient dans son rétablissement. Mais c’est aussi lui qui génère sa restructuration.

La réinsertion sociale est indissociable de la confiance en soi de la personne et de sa capacité à élaborer des perspectives de vie, acceptables par elle et en référence à ses valeurs.

L’apprentissage de la responsabilité à EDVO

L’abstinence n’est pas un état mais un facteur dynamique de construction et d’évolution vers de nouvelles perspectives de vie. La personne dépendante redevient actrice, et c’est cette énergie remise en action qui redonne le sens de la responsabilité de soi. C’est aussi le passage de victime à responsable.

Si le patient n’est pas responsable de sa maladie, il l’est de son rétablissement. L’organisation de la vie communautaire est faite pour qu’il puisse exercer des responsabilités, et la dynamique de groupe nécessite une participation active : rôle de leader ou de co-leader sur 15 jours pour des activités au sein de la structure, témoignages auprès de jeunes consommateurs accompagnés de ou des parents dans notre point écoute, sorties sportives, 2 groupes thérapeutiques hebdomadaires et 3 séances de régulation mensuelles, entretiens individuels avec l’éducateur, la conseillère ESF, les thérapeutes ou la psychologue en extérieur sur son initiative pour le RV.

Il apprendra à gérer son adresse e-mail, son dossier administratif, son passif judiciaire ou pénal, son surendettement, ses loyers impayés, son déménagement et la restitution de son ancien appartement etc…, pour la plupart c’est un véritable réapprentissage où il faut poser des actes mais nous ne nous substituons pas à leur responsabilité. Le référant ou l’équipe encadrante, encourage, redynamise, rappelle, demande des résultats, met des limites, valorise l’acte posé mais surtout l’acteur responsable.

La vie communautaire et l’entraide

La vie communautaire est révélatrice des comportements à changer, et laboratoire d’expérimentation du changement. L’approbation ou la gratification du groupe sont très motivationnels.

La vie communautaire est le cadre qui permet la démarche thérapeutique. Le vécu de chaque patient ou résident offre une visibilité aux autres, et constitue une partie de la matière sur laquelle la thérapie va œuvrer.

Vivre ensemble permet de devenir responsable et acteur de son lieu de vie et de rétablissement. Sur ce terrain l’encadrement des plus anciens et la validation de cette expérience sont des facteurs rassurants. Redevenir acteur de sa vie tout en apportant de l’aide est gratifiant. Savoir s’affirmer et ne pas être complaisant est constructeur.

Le rôle des pairs, organisé par l’entraide, a une place primordiale dans le principe de résilience en œuvre dans les structures d’EDVO. L’entraide est un rempart contre la rechute et contre les comportements de transfert addictifs.

La validation et le renforcement de l’abstinence se fait par l’expérience personnelle, mais aussi par la transmission et l’entraide des anciens résidents aux nouveaux, en particulier dans les groupes accueil du mercredi soir suivi d’un repas collectif entièrement géré par le groupe. Ce groupe permet aux nouveaux de se présenter et de mieux connaître l’ensemble des pensionnaires ; nos anciens pensionnaires viennent un groupe sur deux, y apporter leur témoignage de vie avec 6 mois à 14 ans d’abstinence selon l’ancienneté.

Le modèle utilisé en centre de soins puis à EDVO

Le Modèle Minnesota est un modèle thérapeutique dont la construction théorique s’est développée au fur et à mesure de son développement à travers le monde.

Le Modèle Minnesota est une thérapie brève et intensive basée sur « l’ici et maintenant ».

Le modèle Minnesota est une approche cognitivo-comportementale, qui a su éviter au fil du temps et de ses différentes déclinaisons, les excès du behaviorisme premier.

La personne dépendante est soutenue par une approche cognitive et comportementale, programmatique, qui va lui permettre de se distancier de son statut de consommateur, de se réapproprier son histoire, puis de devenir actrice de sa thérapie, à travers les liens et l’entraide de ses pairs. Cette approche est adaptée aux problèmes de l’addiction.

C’est également une démarche apparentée aux communautés thérapeutiques. Le « vivre-ensemble » constitue le cadre d’expression de chacun dans sa relation aux autres, et le laboratoire d’expérimentation de nouveaux comportements. « La participation à la vie collective selon des règles définies, auxquelles la personne a librement souscrit constitue le cœur du processus thérapeutique ».

Dans le Modèle Minnesota, si la participation à la communauté de vie est un substrat essentiel, dans sa quotidienneté, dans le respect des règles de vie commune, dans la socialisation qu’elle permet, c’est la participation individuelle à un processus thérapeutique formel, structurant, temporellement défini, qui en est sa marque.

Ce système de classification internationale précise néanmoins que « la dépendance physique n’est pas absolument indispensable pour parler de dépendance aux substances psycho actives ».

Les poly toxicomanies et le passage d’un produit à un autre étant très fréquents (alcoolisation comme mode de sortie de l’héroïne ou dépendance aux médicaments pour sortir de l’alcoolisme), la démarche thérapeutique ne focalise pas sur les différents « produits de choix », mais plutôt sur l’incapacité de la personne à maîtriser sa consommation de produits en général, et sur les conséquences qui en découlent.

Le fait d’écouter l’expérience d’une personne qui a pris d’autres produits pour se sortir du (ou des) précédent(s), a une fonction préventive pour une personne dépendante qui pourrait avoir envie de les essayer plus tard, ou croire qu’elle pourrait les consommer sans danger.

Malgré le fait qu’en France, beaucoup de professionnels posent la question des difficultés de travailler avec « deux ou trois populations, voir plus » (malades alcooliques, toxicomanes, malades des jeux, pharmacos dépendants, ….) l’expérience ailleurs depuis des dizaines d’années montre que les demandeurs de soins se reconnaissent dans la notion générique de la dépendance.

Ces personnes dépendantes intègrent bien l’idée d’une similitude de leur problématique. De plus, une grande partie d’entre elles a déjà fait l’expérience d’autres produits pour « régler le problème ». Elles ont fait elles-mêmes le constat qu’elles réagissent de façon semblable face à tout produit, et non seulement face à leur « produit de choix » : Le problème n’est pas le produit, mais la relation au produit.

Quelques notions théoriques pour la prévention de la rechute

La préparation psychologique de rupture avec l’addiction a beaucoup d’importance au sein de nos suivis ambulatoires, ceci pour mieux appréhender la partie sevrage, puis la préinscription pour la cure ou postcure que nous recommandons.

La sortie du sevrage (1 à 3 semaines en milieu hospitalier), suivie du travail thérapeutique fait en centre de soins (8 à 10 semaines), sont des étapes douloureuses et dangereuses en terme de risque de rechute, ce qui nécessite un accompagnement structuré et rassurant.

Le travail d’accompagnement dans ce processus de rupture avec l’addiction et de changement de comportement, commence souvent avant sevrage dans notre suivi ambulatoire à EDVO, il s’intensifie au centre de soins mais doit aussi se poursuivre dans le processus de rétablissement et de réinsertion sociale du patient qui revient à EDVO pour un hébergement de 6 mois voir plus.

En cas de rechute, une réadmission est possible selon un protocole individualisé. Pour la plupart de ces rechutes, elles sont de courtes durées, et peuvent être considérées comme thérapeutiques. Elle renforce ensuite cette volonté de rester abstinent pour se rétablir durablement.

Expérimenter l’abstinence dans un lieu pratiquant le modèle Minnesota après sevrage, en centre de soins pour réapprendre à vivre sans produit, puis à EDVO dans cette continuité, c’est là où l’apprentissage des comportements de protection et leur validation commence. L’expérimentation des changements comportementaux et émotionnels, va se poursuivre à travers l’application des cinq premières étapes du programme de rétablissement (5/12), telles qu’elles sont travaillées en thérapie. Les étapes ne s’appuient pas seulement sur une réflexion sur la maladie (prise de conscience et acceptation de la maladie), mais offrent également un processus de changement.

L’éloignement géographique des lieux de consommation et des fréquentations initiales est nécessaire, surtout pendant et après sevrage, mais aussi pendant le séjour en centre de soins puis à EDVO et surtout la première année.

La rupture avec les habitudes et le repérage des dangers se fait avec les appuis offerts par le groupe et les professionnels :

  • Soutien de l’instabilité émotionnelle générée par la reprise de contact avec la réalité extérieure,
  • Consolidation de la motivation de la personne en valorisant ses acquis,
  • Activation des ressources de la personne,
  • Restauration de l’estime de soi.

La personne dépendante doit changer pour devenir soi, se libérer, c’est-à-dire sortir du besoin pour accéder à son désir. Ces conditions sont indispensables dans la restructuration de la personne et sont des garants d’une abstinence réussie.

L’entraide, la reconstruction de liens positifs participent à la restauration de l’estime de soi par la restitution des valeurs personnelles et de l’affirmation de soi.

Tous ces éléments du rétablissement sont nécessaires pour un retour à une autonomie durable et confortable, où l’épanouissement doit être manifeste pour produire l’effet miroir recherché et avoir de l’attrait pour les autres.

Le Responsable d’EDVO

Jean-Paul BRUNEAU