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Modèle Minnesota

Le Modèle Minnesota

Ce modèle est né entre les années 1946 et 1949, de manière empirique, par le rapprochement entre des modes de prise en charge traditionnels hospitaliers et le mouvement Alcooliques Anonymes.
Le Dr Anderson, psychiatre à l’Hôpital St Paul, dans le Minnesota, est celui qui l’a conceptualisé le premier. Il a été à l’origine du Centre de Hazelden.
Ce modèle thérapeutique s’est rapidement développé aux Etats-Unis –à tel point qu’il constitue encore aujourd’hui la base du traitement en alcoologie-, dans les pays anglo-saxons, puis dans les autres pays. Il est représenté partout en Europe, tant de l’Ouest que de l’Est.
Centré sur la prise en charge des malades alcooliques, il s’est rapidement intéressé à toutes les formes de dépendance, en parallèle du développement des groupes d’entraide (Narcotiques Anonymes, Boulimiques Anonymes,…. Internautes Anonymes aujourd’hui).

1. Généralités : le modèle Minnesota

Le Modèle Minnesota (ci-après dénommé MM) est un modèle thérapeutique complet dont l’efficacité est démontrée (cf in 4 ci-dessous). Ce modèle repose sur deux objectifs se renforçant mutuellement :
– l’abstinence,
– l’amélioration de la qualité de la vie.

En permettant à la personne dépendante de se dégager, dans un premier temps de la consommation de produits toxiques (ou induisant la dépendance comme la «consommation» de jeu »,…), cette méthode lui donne ensuite les ressources tant physiques que psychologiques de faire face aux hauts et aux bas de sa vie sans consommer.

Ce modèle s’enrichit constamment des découvertes et des innovations reconnues dans le monde. Ainsi, le MM comporte aujourd’hui des éléments qui appartiennent à la systémique, au cognitivo-comportementalisme, à l’analyse transactionnelle, à la thérapie rationnelle et émotive,…

Le MM a pu mettre en place une dynamique ouverte et réaliser une approche qui cherche à rendre la thérapeutique de la dépendance la plus performante possible en puisant le meilleur dans chaque courant thérapeutique, dans toutes les disciplines et dans le plus grand respect du patient, parce que fortement ancré sur des valeurs humanistes.

1.1 Modèles socio-psychologiques proches

Deux modèles socio-psychologiques peuvent être appliqués au Minnesota Model en vue de clarifier les mécanismes thérapeutiques.

Au sein de la théorie de l’attribution de Brickman, le Minnesota Model peut-être rangé parmi les modèles compensatoires. Ceux-ci n’impliquent aucune responsabilité quant à l’origine de la problématique de la dépendance, mais bien dans le cadre du rétablissement. Les auteurs remarquent que l’approche MM conduit en effet à la diminution des attributions causales comme l’autoresponsabilité et l’attribution interne ou externe, et à une augmentation de l’adhésion au concept de maladie. Les attributions de rétablissement qui impliquent un engagement actif (comme l’engagement auprès d’une fraternité -« fellowship »- et les cognitions internes) voient également leur importance grandir.

La « Theory of Planned Behaviour » d’Ajzens, en tant que forme de la « theory of Reasoned Action », étudie la motivation de la dépendance et de l’engagement dans le cadre d’un traitement. Cette théorie présuppose trois catégories de convictions comme déterminants du comportement : normatifs, comportementaux et de contrôle. Les prédicteurs les plus directs du comportement sont les intentions (basées sur l’attitude vis-à-vis du comportement, la norme subjective et le contrôle perçu). L’importance de la « Theory of Planned Behaviour » réside en la mise en exergue de la composante « contrôle perçu ». Le fait que le MM est capable de répondre à ces convictions, est confirmé par la recherche : après une approche MM, une évolution positive se fait jour dans les attitudes, le contrôle perçu , les intentions et les attentes. L’augmentation de contrôle perçu révèle que le sentiment de la responsabilité propre s’accroît au cours du traitement. En fin de traitement, l’éventualité d’un résultat positif est évaluée de manière plus élevée (sans que l’appréciation des différents résultats soit modifiée quant à leur évaluation). En outre, la mesure dans laquelle les patients pensent que les autres attendent d’eux qu’ils maintiennent leur abstinence augmente également. Ces modifications de convictions et d’attitudes conduisent à maximaliser des changements comportementaux positifs.

1.2 Le concept de la dépendance

Le MM approche la problématique de l’accoutumance comme une maladie (Spicer, 1993 ; McCrady, 1994 ; Jellinek, 1960), dont les symptômes sont la perte de contrôle et la dépendance physique. L’aspect primordial du traitement – un choix pragmatique – est la dépendance et non la dynamique ou la pathologie sous-jacentes (Marron, 1993 ;Talboltt, 1990). Wallace (1996) souligne l’importance de déterminer des priorités lors du traitement de la dépendance, et considère que l’abstinence constitue la base fondamentale pour la continuation du traitement. Comme dans la psycho-analyse, la dénégation et la résistance sont mises à jour, sans toutefois en rechercher les causes (au contraire de l’analyse). Après un certain temps d’ailleurs, l’attitude vis-à-vis de la boisson acquiert une autonomie fonctionnelle (Spicer, 1993).

Dans la mesure où elle est approchée comme une maladie chronique, des buts thérapeutiques sont assignés à la problématique de la dépendance, en terme de réhabilitation bien plus que de guérison (Spicer, 1993). La relation usager-thérapeute est un rapport de collaboration, qui vise un changement de style de vie, en vue du but à atteindre à long terme : apprendre à vivre avec sa problématique de dépendance (Galanter, 1993). Cette problématique chronique implique également une vigilance à vie et le maintien de l’abstinence, confirmant en cela bien d’autres approches de l’alcoolo-dépendance.

La dépendance est une maladie physique, mentale et spirituelle (Spicer, 1993 ; McCrady, 1994). Ce point de vue holistique débouche sur une approche multidisciplinaire. A côté des problèmes psychiques et physiques, le MM souligne également la dimension spirituelle. Cela ne signifie nullement une philosophie religieuse ou sectaire. Cette dimension aborde au contraire la question du sens comme composante essentielle de la lutte contre la dépendance. L’expérience extrême ou l’expérience émotionnelle forte sont centrales à cet égard. Dans le cadre de la problématique de la dépendance, la question de la dimension existentielle de l’être (c’est-à-dire confrontations avec les vulnérabilités et les limitations) et de la problématique du sens se fait jour. C’est aussi en cela que l’abstinence ne peut être un objectif en soi.

Malgré certaines critiques à l’égard de l’approche médicale de la dépendance, Vaillant (1983) cite des arguments solides pour défendre ce point de vue. La recherche fournit également une évidence suffisante des 4 critères de Lewis. Cette approche est en outre tout à fait « relevante » dans le cadre d’une perspective thérapeutique. Cela dispense l’usager de sentiments de culpabilité immobilisants, constitue un argument en faveur d’une abstinence à vie et modifie l’attitude de la famille et de l’entourage. Ce concept fait également appel au sentiment de responsabilité de la personne dépendante en mettant l’accent sur l’implication active lors du traitement et la nécessité d’un changement réfléchi de style de vie.

1.3 Les principes et outils thérapeutiques

Les deux piliers de la méthode sont l’abstinence complète et l’amélioration de la qualité de la vie, l’un renforçant l’autre.
L’abstinence peut être considérée comme une condition première, voire un objectif opérationnel de l’objectif essentiel qu’est l’amélioration de la qualité de la vie.
L’objectif de la méthode se concentre sur une cible et uniquement sur elle : le traitement de la dépendance. Il s’agit pour la personne de se dégager en premier lieu de la consommation de produits toxiques et de se réhabiliter. Elle se donne ainsi les moyens, tant physiques que psychologiques, de faire face aux éventuels traumatismes anciens qui seraient à l’origine de la prise de produits. Chaque histoire, chaque situation étant particulière, le patient fera appel, dans un autre temps, à l’aide thérapeutique qui lui conviendra le mieux.
Mais elle lui permettra également de faire face aux conséquences, souvent difficiles à supporter, parce qu’empreintes de honte t de culpabilité, d’années de consommation

a) Pour parvenir à réaliser cet objectif, le MM s’appuie sur trois principes :

 le principe de réalité : quelles est ma réalité, ma situation aujourd’hui ? Quelle est ma consommation et quelles en sont toutes les conséquences ? Comment puis-je affronter tout cela désormais ? Qu’est-ce que je veux pour ma vie aujourd’hui ? La recherche de réalité entraîne naturellement le sujet à (re)découvrir la vérité, sa vérité. Pour parvenir à
cela, il n’existe qu’une façon préalable d’être : celle d’être honnête envers soi et les autres et de le rester.

 Le principe de conscience : toucher à la réalité et (re)découvrir honnêtement réalisent le réveil de la conscience. Qu’ai-je fait ? Culpabilités et hontes, qu’en fais-je ? Puis-je réparer et comment ? Que puis-je changer ? Que dois-je accepter que je ne puis changer ? Quelles responsabilités puis-je assurer dans mon rétablissement, dans ma vie ?

 Le principe d’émotions : Qui suis-je, qu’ai-je vécu ? Qu’ai-je ressenti ou non ressenti, souffert, anesthésié dans ma sensibilité, dans mes désirs, dans ma volonté, dans mon corps pour que le produit prenne la maîtrise de ma vie ? Ai-je volé, agressé, menti, trompé pour pouvoir consommer ?

b) Les outils pour travailler ces trois concepts sont :

• Un traitement résidentiel de plusieurs semaines (en général 6 à 12), suivi d’un temps (de quelques mois à 1 an) en groupe thérapeutique hebdomadaire post-résidentiel,
• Un travail structuré et progressif inspiré des 12 étapes des groupes d’entraide (cf in 2.1),
• Un travail d’écriture introspectif,
• Des entretiens individuels avec le conseiller (« counsellor ») de référence (cf infra),
• Des exposés thématiques réalisés par le médecin du centre ou un conseiller sur des sujets liés à la dépendance et ses compétences,
• Des entretiens familiaux,
• Un cadre professionnel incluant des personnes ayant été dépendantes, qui sont en rétablissement depuis quelques années et qui sont formées à la méthode,
• Un accompagnement visant la restauration sociale et la réinsertion globale,
• Un environnement structuré, respectueux et sain,
• La participation aux diverses organisations d’entraide et de self-help (auto-support)

Chaque outil, pris isolément, est souvent inefficace. Pour parvenir à rendre le processus thérapeutique opérationnel, la méthode a recours à l’extraordinaire force du groupe. C’est au sein du groupe que les trois concepts décrits ci-dessus vont pouvoir s’identifier, se conforter et se renforcer, dirigeant les énergies vers la réhabilitation.

La dynamique du groupe est catalyseur des différentes histoires et expériences personnelles. C’est en ce sens que le MM est présenté comme une thérapie de groupe.

A la thérapie de groupe vient s’ajouter l’accompagnement individuel. Cette guidance est également une composante essentielle du programme journalier des patients.

Lors de son admission, chaque patient se voit attribuer un conseiller de référence, conseiller vers qui il pourra à tout moment se tourner pour obtenir conseils et assistance, et qui assure un suivi régulier de l’évolution du patients tout au long du traitement.

Les entretiens individuels sont surtout centrés sur l’impact de la dépendance active de la vie du patient, le processus de déni, les difficultés rencontrées dans la confrontation au groupe et les raisons/motivations à gagner/maintenir son rétablissement. Ces entretiens soutiennent la personne dans le travail qu’elle réalise dans le groupe.

Un programme éducatif, sur la base d’exposés et de lectures, permet l’approfondissement de thèmes importants en rapport avec la question de la dépendance et ses corollaires dans le rétablissement, et le maintien de celui-ci (les maladies, les signes de rechute, …).

2. Caractéristiques essentielles du Modèle Minnesota
2.1 Le modèle à étapes

C’est le mouvement Alcooliques Anonymes qui a élaboré le programme en 12 étapes, allant de la fin de la consommation au rétablissement.
La philosophie du modèle à 12 étapes ne fait pas uniquement fonction de cadre de réflexion pour conceptualiser la maladie, mais offre également une possibilité et une trame de changement. La personne dépendante qui s’engage dans le traitement peut en tirer une perspective d’avenir.

Différentes phases sont traversées. En premier lieu, (étapes 1-3), la personne dépendante accepte qu’elle ne peut exercer aucun contrôle sur la maladie et que le rétablissement implique qu’elle fasse confiance à de l’aide extérieure. Ensuite (étapes 4-7), un inventaire des conséquences de la dépendance est établi, ce qui accroît la prise de conscience du problème et la volonté de changer. Dans une troisième phase (étapes 8-9), ces changements sont effectivement mis en pratique, pour enfin (étapes 10-12) intégrer cette nouvelle attitude dans le cadre de vie et conserver le rétablissement acquis.

Il faut insister clairement sur le fait que la perte de contrôle présumée, que la personne dépendante doit reconnaître, ne porte que sur la relation à l’objet de la dépendance. L’usager n’est en aucune manière exempté de sa responsabilité dans les chances de réussite du processus de rétablissement. La même chose se vérifie en ce qui concerne la confiance que la personne dépendante doit avoir dans l’aide extérieure. Les recherches de Christo et Franey (1995) révèlent que l’adhésion à l’aspect spirituel du traitement n’entraîne pas une perte de contrôle externe. Les auteurs remarquent plutôt une tendance à une responsabilité personnelle accrue. C’est ici que s’établit le rapport avec la thématique du sens.

A travers ces 12 étapes, le but recherché est d’accroître la conscience de soi chez la personne dépendante. Ceci ne signifie pas seulement un inventaire autocritique de ses forces et faiblesses, et de sa compréhension des conséquences de sa dépendance. Il devra entrer également en contact plus étroit avec ses propres émotions et apprendre à les différencier et à les exprimer dans un contexte lui apportant soutien et sécurité affective.

Le développement du modèle à étapes comprend quatre expériences qui sont également des moments clés : un sentiment de désespoir, une expérience de crise (« hitting the bottom », déflation de l’ego), un tournant intensément vécu et qui offre une perspective pleine d’espoir, et le glissement d’un égocentrisme destructeur vers une interaction constructive avec les autres. Galanter (1993) décrit les nombreuses expériences qui sont faites pendant le processus de rétablissement : le groupe en tant qu’objet transitionnel, qui remplace le soutien apporté par l’alcool et les drogues ; un bouleversement spirituel qui s’exprime en un profond changement d’attitude ; la satisfaction de besoins psychiques (p.e. la diminution de l’angoisse) et l’expérience intense de l’altruisme des membres du groupe. Pour grandir efficacement, on présume un engagement fort, une implication émotionnelle et une expérience émotionnelle intense (une expérience extrême qui conduit à l’adoption d’un cadre d’interprétation alternatif). Galanter (1993) et Marron (1993) attirent l’attention sur le fait que l’acceptation inconditionnelle par les membres du groupe (l’abandon de la non reconnaissance, l’acceptation d’une forme constructive de dépendance et de soutien) de même que l’acquisition d’une identité qui crée un contexte (« je suis dépendant ») facilitent ce processus. Steffen (1997) insiste quant à lui sur l’effet intégratif du partage des expériences, tant au niveau de l’expérience individuelle qu’à celui de la formation d’un contexte dans lequel des égaux se rencontrent. Le fait de raconter aux autres permet également de procéder à une nouvelle interprétation de sa propre situation.

2.2 La famille

Un autre volet essentiel du MM est de travailler avec l’entourage du dépendant. En effet, les parents, conjoint, frères, sœurs et amis d’une personne dépendante sont eux aussi touchés par la maladie de leur proche et subissent eux aussi les souffrances liées à la consommation : angoisse, problèmes financiers, problèmes judiciaires, violences morales et physiques, honte, exclusion sociale,… ;

Ainsi, la participation de la famille est un atout supplémentaire dans la réhabilitation de la personne dépendante grâce à une meilleure compréhension de la maladie de la dépendance et de ses effets.

2.3 Les anciens dépendants, experts par expérience

L’une des particularités de cette méthode de réhabilitation est le fait que la plupart des conseillers sont eux-mêmes d’anciens dépendants, rétablis depuis plusieurs années et qui mettent leur expérience et leur profonde motivation au service de ceux qui souffrent encore de la même maladie. Ce point représente une contribution importante au succès de ce type de réhabilitation.

Blume (dans Cook, 1998) décrit les avantages thérapeutiques de l’intégration d’ex-dépendants comme conseillers au sein de l’équipe : l’offre d’une perspective pleine d’espoir, la mise à disposition d’un modèle, une meilleure compréhension parce qu’ils parlent le même langage, davantage de patience et de tolérance, le discernement nécessaire pour percer à jour les tentatives de manipulation, l’expérience personnelle des difficultés rencontrées chaque jour pour conserver sa tempérance. Bill W. remarque comment cette forme d’aide favorise un solide rapport de confiance. Il attire également l’attention sur un effet à sens inverse : pour les ex-dépendants, cet engagement représente une source de sens dans le cadre de leur propre processus de rétablissement. Nowinski (1993) et Marron (1993) y voient un soutien efficace dans le processus de maintien de l’abstinence personnelle (« Keep sobriety by giving it away »).

2.4 La thématique du sens

Un aspect spécifique et enrichissant du Minnesota Model et de l’approche par étapes est l’ajout d’une dimension spirituelle, existentielle à la problématique de la dépendance.
Maslow (1970) a réussi à formuler le noyau de cette dimension en termes psychologiques en se référant à une expérience émotionnelle forte (expérience extrême). Cette dernière fait partie tant de la problématique même que de la voie conduisant au rétablissement, au cours de laquelle intervient une expérience de changement intense. C. Jung également (dans Hopson, 1996) décrit l’expérience de rétablissement comme une expérience spirituelle. Il définit le « craving » pour l’alcool en analogie avec un désir spirituel absolu. Spiritus signifie ici aussi bien l’expérience transcendantale la plus élevée que (le craving destructeur pour) l’alcool. Une profonde expérience de crise ouvre la voie au changement et à la guérison. W. James (dans Hopson, 1996), insiste sur la nécessité pour l’usager de faire l’expérience d’une crise et de reconnaître son impuissance comme étant les conditions de l’engagement dans le modèle à étapes.

Pettet (1993) analyse les 12 étapes, à partir d’une approche spirituelle, comme étant « des thèmes qui sont importants pour la personne dépendante dans sa relation à un contexte transcendantal ou plus large ». Les 12 étapes tiennent compte de la conscience limitée de soi-même qui caractérise les personnes dépendantes, en octroyant une identité (« je suis dépendant »). A partir de ce contexte, le rétablissement et le développement sont rendus possibles. Au sein de la problématique de la dépendance, la tromperie et les promesses non respectées font naître un sentiment d’échec moral et de désespoir. Le concept de maladie des 12 étapes dispense la personne intoxiquée de la responsabilité de l’origine de ses problèmes, sans négliger cependant de poursuivre la compréhension de ses propres limitations. Au-delà de la connaissance de ses propres manquements, les étapes offrent la possibilité d’acquérir un nouveau sentiment d’intégrité. Ceci est rendu possible par la réparation des dommages causés et la réalisation d’actes altruistes. Bien que l’approche par étapes ne soit pas une forme de thérapie apportant la compréhension de soi, le développement de (le contact avec) la vie intérieure est l’un des buts recherchés. Au travers des 12 étapes, la personne acquiert contact avec sa problématique, avec son moi idéal et avec la relation à une force transcendantale. Pour maintenir l’abstinence, il est important de reconnaître les tensions émotionnelles. Enfin, les 12 étapes tendent à construire des relations interdépendantes. Un sentiment d’isolement est d’ailleurs la conséquence d’une autosuffisance illusoire, d’un sentiment de stigmatisation et d’un manque de confiance en l’autre.

3. Cursus de traitement

Les notions de « traitement primaire » et « traitement secondaire » sont souvent utilisées pour désigner les phases essentielles de la prise en charge.

3.1 La phase résidentielle

Les premières semaines donnent lieu à un travail intensif : c’est le traitement primaire.
Dès son admission, le patient est pris en charge 24h/24 par un personnel qualifié qui le guidera tout au long de son programme de rétablissement.

Le médecin du centre voit le patient en consultation dès son entrée et établit, si nécessaire, un traitement de fin de sevrage. Le patient est également soutenu par le groupe de patients déjà en place.

Les patients reçoivent une brochure d’accueil reprenant l’ensemble des informations utile à leur séjour en traitement.

Les systèmes anglo-saxons et scandinaves ont mis en place des «half-way houses», à savoir des structures ou des logements supervisés vers lesquels les patients (ou certains d’entre eux) peuvent être orientés: c’est le traitement secondaire.
Une problématique de rechute peut éventuellement y être traitée.
Le suivi y dure quelques mois, avec une logique dégressive. La thérapie continue, mais progressivement c’est l’action de réinsertion qui devient dominante.

Par ailleurs, un programme particulier est toujours envisageable à la fin du traitement résidentiel. Selon les situations individuelles, un patient pourrait rentrer chez lui avec une fréquentation dégressive au programme de l’unité (HDJ).

3.2 La phase post-résidentielle

Partant de l’affirmation que la dépendance est une maladie chronique, il va de soi que l’attention et les soins permanents sont une condition primordiale de réussite. L’importance de l’aide post-traitement est évidente et ce, dans le but de consolider les effets du traitement à long terme
Un des piliers de la méthode est la poursuite du traitement après la période résidentielle. A la fin de leur séjour, les patients participent pendant une période plus ou moins longue au groupe post-résidentiel qui se tient à l’établissement (une fois par semaine) et qui en est partie intégrante du traitement.
Le groupe post-résidentiel permet à la personne d’approfondir un contact réaliste avec la vie en société tout en gardant un lieu privilégié où elle pourra poursuivre le travail thérapeutique entamé durant son séjour résidentiel et recevoir un important soutien du groupe.

Les patients sont invités également à s’inscrire dans la dynamique des groupes d’entraide, tels les AA et NA. Ces groupes, non professionnels, représentent un soutien inestimable à la poursuite du rétablissement une fois le patient rendu à son cadre de vie.

4. Etude des résultats

Dans notre recherche de la littérature concernant l’efficacité de MM, nous nous sommes laissés inspirer tant par les études européennes que nord américaines.

De cette recherche, il est démontré que cette philosophie de traitement est parfaitement intégrable dans le réseau d’aide français. Un Centre de Soins financé par l’assurance-maladie existe déjà en France depuis 1994.

4.1 Les programmes en 12 étapes

Lindeman (1993) démontre l’efficacité de la philosophie des 12 étapes. Cette approche révèle des résultats positifs chez les personnes dépendantes, dont le contexte social soutient ou favorise la dépendance. Intégrés dans l’accompagnement des travailleurs alcooliques, ces programmes se révèlent efficaces pour réduire les risques encourus sur les lieux de travail du fait de la dépendance.

Toutefois, malgré l’efficacité des 12 étapes, les recherches effectuées plaident en faveur d’un traitement résidentiel préalable : faible corrélation entre la participation aux AA et des critères autres que l’attitude face à la boisson (travail, relations, bien être, spiritualité).

4.2 Constatations récentes concernant le MM

Puisque plusieurs auteurs mettent en question les conclusions d’études rapportant les premiers résultats du Minnesota Model dans le domaine de la méthodologie (Cook, 1998 ; Stinchield et Owen, 1998), nous recensons dans notre synthèse certaines constations relevantes faites lors d’études plus récentes.

Le projet MATCH est une large étude comparative qui met l’accent sur la différence d’efficacité des différents programmes de revalidation en fonction des problématiques spécifiques de la dépendance. Le projet inclut un volet ambulatoire et un volet post-traitement. L’une des hypothèses montre que les programmes en étapes sont plus efficaces lorsqu’une thématique cognitive ou thématique du sens se trouve au premier plan, alors qu’une thérapie comportementale a plus d’impact sur les problématiques psychiatriques ou psycho-socio-pathologiques. Après un an de suivi, les résultats montrent, dans le groupe ambulatoire avec peu de problèmes psychiatriques, un avantage pour les programmes en étapes (plus d’abstinence) .Cette approche est aussi la plus efficace chez les usagers du groupe post-traitement chez qui le problème de thématique du sens est central. Pour les dépendants dont l’environnement social d’origine favorise la dépendance, les programmes en étapes paraissent l’approche la plus fructueuse après trois ans de suivi.

Sur la base des résultats du projet MATCH en 1997 (dans Stinchield et Owen 1998), il ressort que les programmes en 12 étapes sont aussi efficaces que la thérapie comportementale cognitive et la Motivation Enhancement Therapy. L’étude de Stinchield et Owen a été exécutée sur un échantillon de 1083 patients de Hazelden (centre originel qui a conceptualisé et développé le modèle, établissement référence) qui ont été traités selon le MM pour un problème sérieux de dépendance à l’alcool ou à la drogue. Lors de l’étude de suivi (1, 6 et 12 mois après la fin du traitement), les données concernant 716 usagers ont également été rassemblées par l’entremise d’une personne de leur entourage proche (collatéral).
Les résultats montrent un ratio d’abstinence de 76.9 % pour le premier mois, avec une perte d’effet de 6 à 9 mois (59.1% et 52.8% d’abstinence), tandis que 34.8% consomment un an plus tard une quantité moindre qu’avant le traitement. Malgré le taux de rechute, il subsiste après un an, une différence statistiquement significative entre la consommation avant et après le traitement. Outre l’abstinence, on note des améliorations dans d’autres domaines : participation aux AA ou aux NA, amélioration des relations et de l’état de santé.

Des résultats similaires ont été recensés à Center City et au Hazelden Center for Youngth and Families. Il semble que l’abstinence dépende là de l’achèvement ou non du traitement. En sus d’un ratio d’abstinence élevé, 70 à 80% rapporte une amélioration de la qualité de vie ; on note également une réduction considérable des problèmes juridiques et de santé.

L’évaluation irlandaise d’ Aiseiri (Centre de Formation, émanation d’Hazelden) rapporte un ratio d’abstinence au sein du groupe étudié de 80,59%. En intégrant des usagers qui refusaient de participer à l’enquête, ce chiffre retombe à 60,52%. Il en ressort un rapport bien établi entre le maintien de l’abstinence et l’achèvement du traitement, la participation aux AA et autres activités post-traitement. Au sein du groupe étudié, d’autres paramètres que l’abstinence ont été examinés, paramètres qui permettent de mesurer un résultat positif :
– 55,2% font l’expérience de pouvoir exercer un contrôle sur leur dépendance après l’achèvement du traitement,
– 76,11% mentionnent une amélioration de la qualité de vie, qui se manifeste dans des domaines différents : relations interpersonnelles, bien être psychique, confiance en soi,…
– 80,59% mentionnent une amélioration de leur santé physique. Du point de vue mental : diminution du manque de confiance en soi et de la confusion concernant l’identité.
– les relations avec le partenaire et les enfants s’améliorent plus lentement mais considérablement (respectivement 75,6% et 83,3%). Un aspect important est l’amélioration des amitiés existantes (64%), le développement d’un nouveau cercle d’amis (via AA et NA), ne comptant pas de personnes dépendantes.

Sur la base d’études dont les échantillons de population sont prélevés au hasard, une étude finlandaise (Kenso et Salaspuro) relève des différences significatives entre un traitement MM et une approche traditionnelle de la dépendance (réhabilitation psychique et sociale). Elle se base tant sur les données fournies par les listes de questions que sur des mesures objectives de consommation. Les usagers ayant suivi le MM font preuve pendant le traitement d’une implication, d’un soutien et d’une spontanéité plus développés, ainsi que d’une attention plus intense pour les problèmes personnels. Elle considère le traitement comme mieux structuré. Le MM enregistre moins d’abandon (7,9 vs 25,9). S’il n’y a pas de différence significative dans les résultats pour la période de suivi comprise entre 0 et 8 mois, c’est cependant le cas dans une perspective de long terme (8-12 mois). Cette différence est due à une chute du taux d’abstinence dans l’approche traditionnelle, ce qui signifie que le pourcentage MM est plus efficace quant au maintien des résultats à long terme. De même, le pourcentage d’abstinence pendant la première année suivant le traitement se révèle être à l’avantage du MM (14% vs 1,9%).

Un autre projet européen en Suède compare, dans une étude randomisée, les usagers d’un centre appliquant le MM avec des usagers d’un centre ambulatoire et des dépendants sans prises en charge.

Une étude comparative en 1999 (Moos, Finney, Puimette et Suchinsky) plaide également en faveur des programmes en 12 étapes par rapport aux thérapies comportementales cognitives. Malgré des améliorations des 6 variables mesurant les résultats (abstinence, problèmes liés à la dépendance, souffrance physique, symptômes psychiatriques, arrestations et situation de travail), on observe des différences significatives. Trois variables révèlent de sérieuses améliorations en faveur du traitement en 12 étapes : taux d’abstinence supérieur, moins de problèmes liés à la dépendance, et un nombre supérieur de personnes travaillant. L’accompagnement post-traitement sous forme d’aide ambulatoire et de participation à des groupes d’entraide se ralliant au système à 12 étapes, conduit à la consolidation de ces résultats.

Une étude en 1998 précise les variables de résultat proximales pour les programmes à 12 étapes et la thérapie comportementale cognitive (TCC) °. De cette étude, il ressort que les usagers ayant suivi un traitement à 12 étapes voient leur situation s’améliorer non seulement en ce qui concerne les résultas correspondant aux 12 étapes spécifiques, mais aussi progressent au niveau des variables de résultats proximales de thérapie comportementale cognitive.